Perla MoussaComment

Félicitations.

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Félicitations.

Par Perla Moussa

C’est le message que j’ai choisi d’envoyer à mes amis en première année de médecine, le 19 octobre dernier, jour de leur cérémonie du sarrau.

Je dis choisi parce que j’aurais pu dire autre chose.
J’aurais pu écrire : « J’espère que cela en vaudra la peine. »
Ou encore : « J’espère que le système tiendra encore debout lors de votre collation des grades. »
Peut-être même : « J’espère que votre sarrau blanc cessera d’être méprisé. »

Mais j’ai choisi Félicitations. Par réflexe, peut-être. Par pudeur, sûrement. Parce qu’il y a quelque chose de doux dans la célébration, même quand le sol tremble sous nos pieds.
Même quand on se surprend à demander, nous, patients, à notre médecin de famille comment il va.
Même quand, submergés par l’anxiété, on fixe plus longtemps qu’on ne voudrait la date limite du 1er novembre pour changer de programme.
Même quand la population, mal informée, se retourne contre nous.
Quand ceux pour qui on s’est levé mille fois la nuit deviennent ceux qui applaudissent les réformes qui nous étouffent.
Quand, sous nos publications de sensibilisation, les commentaires haineux s’empilent.
Et que, soudain, le motif premier de notre entrée en médecine, les relations humaines, se fissure.
Parce qu’on réalise que la tendresse qu’on voulait offrir ne trouve plus toujours d’écho.
Que le lien qu’on croyait réciproque devient à sens unique.
Et que soigner, parfois, c’est aimer des gens qui ne nous aiment plus.

Nous n’avons pas choisi la loi 2. Nous n’avons pas choisi la loi sous bâillon.
Le gouvernement, lui, a choisi de bâiller.
De bâiller sur le burn-out des médecins.
De bâiller sur les racines du problème.
De s’endormir sur les cris étouffés d’un système qui craque, pendant qu’on continue de colmater, à mains nues, les fissures dans les murs des urgences.

Mais malgré tout, Félicitations.
Parce qu’au milieu du chaos, il reste cette flamme fragile : celle de vouloir soigner, encore.
Soigner, même quand le système semble nous oublier.
Soigner, même quand nos voix s’écrasent contre les murs d’un monde qui ne nous écoute pas.
Soigner, parce que c’est la seule chose qui nous relie encore aux gens pour qui on a choisi cette route.

Alors oui, Félicitations.
Pas pour le sarrau.
Pour le courage qu’il faut encore pour le porter.