Hiba MarsileComment

LOI 2 : LA DÉMOCRATIE ADMISE AUX URGENCES

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LOI 2 : LA DÉMOCRATIE ADMISE AUX URGENCES

Par Hiba Marsile

À moins d’un an des prochaines élections provinciales, les intentions de vote pour le gouvernement caquiste sont plus basses que jamais. Les derniers sondages laissent entendre un record de désaffection pour Legault et son parti, et pour tenter, tant bien que mal, de regagner en popularité, le gouvernement actuel profite d’une faille dans notre système électoral lui ayant octroyé une majorité parlementaire avec seulement 40% des voix pour imposer sa vision simpliste, désuète et clivante de notre système de santé. La loi 2 n’est toutefois que la suite logique de l’application d’un programme électoral visant à unifier une partie de la population au détriment d’une autre. 

Le style discursif de Legault, essentiellement le même depuis qu’il est au pouvoir, est caractérisé par des discours qui visent à diviser pour mieux régner. C’est le peuple québécois contre les immigrants, le peuple québécois contre les musulmans, le peuple québécois contre les médecins, et chaque fois, le peuple québécois perd une partie des siens. Ceux qui sont mis au bûcher et qui servent d’exutoire ne font plus partie intégrante du peuple ; plutôt, ils sont une menace de l’intérieur qui trahit les intérêts et les valeurs du « vrai » peuple québécois. En propageant de telles idées, le gouvernement actuel exerce une politique du bouc émissaire, et le danger dans tout cela, c’est qu’on ne s’attaque jamais aux réelles sources des problèmes qui touchent notre société et qu’on les laisse progresser dans l’ombre. 

La crise du logement

L’immigration seraient, selon le chef caquiste, responsables de 100 % de la crise du logement. La réalité, c’est qu’on est face à un problème multifactoriel : c’est, entre autres, un problème d’inflation, de bureaucratie, de coût des matériaux et de type de logements construits. Pourtant, certains ne se gênent pas pour établir un lien de causation fallacieux entre le nombre d’immigrants et l’aggravation de cette dangereuse crise, qui laisse tant des nôtres affronter les déferlements de pluie et de neige sans toit sous lequel se réfugier.

Si se loger est un droit fondamental qu’on a très longtemps pris pour acquis, tant de nos concitoyens n’ont présentement pour lit que les bancs des parcs et des métros, et on compte aujourd’hui près de 10 000 Québécois en situation d’itinérance, soit une hausse de 44 % depuis 2018. Les centres d’hébergement sont saturés, et on peut pointer du doigt les immigrants autant qu’on le souhaite, mais la réalité est que ce n’est qu’un facteur parmi énormément d’autres générant une demande dans un système où l’offre ne suit simplement plus le rythme.

Le système d’éducation 

Nos démocraties libérales sont régies par les règles du jeu économique qu’est le capitalisme. Pour que ce système perdure, il repose sur une prémisse centrale : en travaillant dur, chacun peut gravir l’échelle sociale et améliorer ses conditions de vie. Un des principaux mécanismes sur lequel repose notre promesse d’égalité des chances est un système d’éducation qui fournit les mêmes opportunités d'apprentissage à tous ses étudiants. L’éducation est donc un facteur clé du bon fonctionnement de notre ascenseur social, en plus d’être un déterminant de la santé. Cependant, au Québec, on parle d’un système d’éducation à trois vitesses, et le niveau de scolarisation des élèves québécois dépend grandement du réseau d’éducation dans lequel ils étudieront, privilégiant ainsi les enfants de familles aisées. Notre stratification sociale se rigidifie avec les années et plusieurs rapports démontrent que la dynamique actuelle de notre marché scolaire reproduit et renforce les inégalités sociales au sein de notre province. Le système d’éducation québécois étant le plus inégalitaire au Canada, il serait pertinent de sérieusement envisager de le réformer pour le bien de ses usagers. Pourtant, lorsqu’on parle d’éducation à l’Assemblée nationale et dans les médias, c’est pour débattre de la compétence et de la légitimité des femmes voilées à enseigner. Ce qui fait peur, ce n'est pas que notre ascenseur social soit en panne depuis des années, c’est plutôt une pseudo-islamisation de notre corps professoral et de nos étudiants. 

Le système de santé

Aujourd’hui, ce sont les médecins qui sont dans la ligne de mire et qui sont victimes d’une campagne de lynchage et de stigmatisation. Le gouvernement Legault mène une politique de récupération des enjeux de santé à des fins purement électorales, quitte à mettre en péril les plus vulnérables de notre société. Nous avons, sans l’ombre d’un doute, un système de santé moyenâgeux et défaillant qui mérite qu’on s’y attarde davantage. Les ressources ne sont tout simplement pas à la hauteur des besoins et, bien que le personnel soignant se donne corps et âme pour offrir des soins de qualité, il est limité par les outils mis à sa disposition.

En soi, repenser le réseau de la santé, y compris la question de la rémunération des médecins, est légitime, pour certains même nécessaire. L’erreur du gouvernement n’est donc pas d’avoir ouvert le débat sur le mode de rémunération des médecins au Québec, mais d’en avoir fait la pierre angulaire de la remise sur pied de notre système de santé public, comme si l’effondrement de nos hôpitaux était entièrement imputable aux médecins.

Surtout, son erreur la plus monumentale est d’avoir fait fi de l’opposition, qu’elle soit à l’Assemblée nationale ou sur la table de négociation, et d’avoir imposé de force l’application précoce d’une loi si impopulaire et si déconnectée de la réalité sur le terrain. 

On a eu, par le passé, plusieurs occasions de s’opposer publiquement à cette tendance ; on aurait pu éteindre le feu avant qu’il nous brûle. On a attendu que ça nous touche directement, et maintenant, c’est tout le monde qui en souffre. Ce sont les étudiants en médecine, les médecins et tous les usagers de notre système de santé public qui en souffrent. Surtout, c’est notre démocratie qu’on croyait intouchable qui prend le plus grand coup, parce qu’on a laissé des hommes d’affaires assoiffés de pouvoir mettre en péril notre éducation, notre santé, notre cohésion sociale, et on s’est tus jusqu’à ce que ça nous touche. 

Une menace pour le bien-être collectif

Face à la politique de peur que mène Legault depuis deux mandats, certains l’accusent d’être un populiste, d’autres d’être un autoritariste. La réalité, c’est qu’il n’est probablement rien de tout ça, bien qu’il en ait parfois les dérives. Or, le problème va bien au-delà de l’étiquette qu’on pourrait coller à un premier ministre qui compte ses derniers jours en poste. Il est dans la normalisation de programmes électoraux vides de sens, peu chiffrés et qui ne sont pas prêts à affronter les enjeux qui touchent le quotidien des Québécois. Ces mêmes programmes qui n’offrent comme solution que la haine d’autrui et la détestation du voisin. Au Québec, la transition vers des politiques polarisantes est peut-être plus lente qu’ailleurs en Occident, mais il n’y a aucun doute que la fenêtre d’Overton n’a pas attendu notre accord pour se glisser vers l’extrême droite. 

Malgré le statu quo, le Québec a de quoi être fier : dans son essor vers la prospérité, il n’a pas oublié les plus démunis. On a collectivement décidé de considérer l’éducation, la santé et le logement comme des droits fondamentaux et si les deux premiers sont théoriquement accessibles gratuitement, le troisième repose sur un filet social durement bâti par les contribuables. Il n’est pas trop tard pour remettre au cœur de nos débats politiques les vrais facteurs qui mettent en péril les fondements de l’instauration d’une société saine et égalitaire, et ça passe d’abord et avant tout par le vote. Mais d’ici l’ouverture des urnes, soyons critiques de la mauvaise foi de ceux qui ont pour rôle de nous représenter et de défendre nos intérêts.